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Prison centrale de Bukavu, un enfer terrestre

Un mouroir pour les êtres humains, une cage pour la mort et un chemin de douleur.
Alors que la prison est un centre de rééducation, de réorientation, la prison de Bukavu est un chemin qui mène directement vers la mort et cette souffrance exigée aux humains poussent les prisonniers à soit y perdre la vie, soit y devenir plus extrémiste qu’ils étaient avant d’y être.

En dépit de tous les instruments juridiques garantissant à tout être humain le droit à la vie et interdisant tout traitement dégradant et inhumain, le niveau de la surpopulation carcérale, les conditions d’hygiène, d’alimentation et accès et disponibilité des soins de santé ont atteint des proportions inhumaines. Dans la prison centrale de Bukavu, la vie est hypothétique à cause de mauvaises conditions de vie.

Exposé à l’insalubrité, la faim, la maladie, l’insécurité lié à l’emprisonnement, les prisonniers de la prison de Bukavu sont conduit à la mort de lors que leurs sorts sont scellés, ainsi pour influencer cette situation les familles paient l’impossible pour que les leurs n’entrent pas dans ce mouroir.

L’état de santé des prisonniers est moins bon que celui du reste de la population et la prison centrale de Bukavu ne fait pas l’exception. Plusieurs textes, à l’instar de la constitution de la RDC de 2006, la déclaration universelle des droits de l’homme et bien d’autres textes stipulent que les détenus doivent être traités avec respect dû à la dignité et à la valeur inhérente à la personne humaine.

Afin de traduire dans les faits le principe de non-discrimination, l’administration pénitentiaire doit prendre en compte les besoins de chaque détenu, en particulier ceux des catégories les plus vulnérables en milieu carcéral. Les mesures requises pour protéger et promouvoir les droits des détenus ayant des besoins particuliers doivent être prises et ne doivent pas être considérées comme discriminatoires. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux, ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; tel que stipule l’article 25 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, DUDH. Le non-respect de ses valeurs humaines, constitue un traitement abusif, dégradant et inhumain.

Condition d’hygiène dans la prison centrale de Bukavu

La prison centrale de Bukavu, où nous avons passé un temps pour enquêter et analyser les conditions carcérales auprès des prisonniers et de son personnel administratif et sanitaire, cette prison a été construite à l’époque coloniale (Congo-Belge). Selon son ancienne configuration, elle a été construite pour une capacité d’accueil de 500 personnes maximum.
Plus de 50 ans après, la ville de Bukavu fait face à une explosion démographique, ce qui n’épargne pas cette maison carcérale. Jusqu’en 2018, les statistiques moyennes nagent à plus de 1 500 détenus, soit plus de 300% de sa capacité d’accueil.

En dehors de ce surpeuplement, les structures d’hébergement dépassées, il y a d’autres problèmes des maisons qui ont pris autour de la prison plus de la moitié de sa concession à raison de la spoliation et de l’absence de la gestion orthodoxe de question de la terre et titres de propriétés.
Elle compte 6 cellules appelées quartier, notamment la cour centrale réservée aux hommes, le quartier femmes, le quartier des mineurs, le quartier spécial et celui des malades. Aucune de ces cellules ne compte moins de 100 détenus. Notre étude prouve à suffisance que les cellules ne sont pas entretenues régulièrement. Cela se justifie par le fait que les cellules sont surpeuplées et son état vétuste. Elles ne répondent donc plus aux normes minimales fixées par les Nations Unies. La plupart de ces cellules ne sont pas aérées par manque de fenêtres et le courant est intempestif pour permettre l’aération artificielle.

Les détenus ont une mauvaise santé avant leur incarcération, leurs problèmes s’aggravent dans l’univers pénitentiaire : mauvaise hygiène et équipements sanitaires vétustes facilitent la propagation de maladies infectieuses et parasitaires ; une eau potable insalubre peut provoquer des diarrhées chroniques, la typhoïde, la dysenterie amibienne ou bacillaire et le développement de parasites divers ; une ventilation insuffisante favorise les maladies infectieuses et les infections respiratoires, tout cela empêche les détenus de se maintenir en forme et entraîne des lésions cutanées. Les odeurs, la fumée du chanvre font que les conditions hygiéniques se dégradent. L’insalubrité des habits et couvertures des prisonniers, absences d’un programme de lavage et de l’entretien de cellules.

Ces conditions occasionnent la multiplication des vecteurs de transmission des maladies dans la prison centrale de Bukavu, dans cette maison de détention, on y retrouve des punaises dans les cellules, des poux, des rats, les cancrelats etc.

Dans cette même prison, les conditions dans lesquelles les prisonniers passent nuit restent à désirer. Ils dorment allonger au pavement « en position sardines », entassés les uns contre les autres. Et les moins chanceux sont contraints de rester debout toute la nuit ; conséquence, on observe des œdèmes à leurs pieds. Ces conditions sont donc jugées critiques et inhumaines.

Touchant l’aspect de l’eau potable et les besoins fondamentaux de l’homme, l’approvisionnement en eau potable n’est pas fiable et disponible. Cette eau du robinet est consommée sans aucun traitement pour qu’elle soit potable. L’indisponibilité de l’eau rend l’hygiène corporelle une question rigide à répondre. Pendant que, les règles minimales de l’ONU recommandent au moins une douche par semaine. Cette situation s’accentue avec l’absence des installations de bain à raison de surpeuplement et la morosité des facteurs favorisant le bain.

La satisfaction des besoins fondamentaux, c’est une des questions épineuse à laquelle la solution est loin d’être trouvée. Les détenus sont enfermé à partir de 16h30 minutes, pendant qu’aucune cellule ne détienne des latrines ou douches à l’intérieur. Dans ce cas, ils sont obligés de faire leurs besoins dans les poubelles remplies d’eau, qu’on appelle «Tonneau » installées dans chacune de cellule et qu’on réutilise pendant la journée comme poubelle dans la cour centrale.

Alimentation des détenus
Au sujet de l’alimentation des détenus, il est à noter que la disponibilité et même l’accessibilité à une alimentation en qualité et en quantité sont loin d’être une réalité dans la prison centrale de Bukavu ; une situation occasionne les cas de malnutritions et biens d’autres maladies. Les résultats de notre recherche révèlent que les prisonniers mangent difficilement une fois par jour, la quantité et la qualité sont moins satisfaisante et la ration alimentaire reste monotone, ils ne mangent que le Foufou au Haricot. La quantité du foufou que chaque prisonnier mange par jour est similaire à un petit beignet de 100 Franc Congolais.

Etat de santé des détenus
Les ressources affectées aux prisons par les gouvernements sont très réduites, en particulier pour l’amélioration des conditions carcérales des détenus.
L’accès aux soins médicaux est difficile, les médicaments et les équipements sont insuffisants. L’accès aux équipements sanitaires à l’extérieur de la prison reste en outre difficile.

A la prison centrale de Bukavu, nos résultats révèlent que l’état de santé des détenus est critique, cela malgré l’existence d’un service de santé au sein de la prison. Ils sont consultés à leur entrer en prison, mais pas une consultation générale. Lorsqu’ils tombent malade, ils n’ont pas accès aux soins de santé de qualité. La plupart des prisonniers font recours à l’automédication que d’être soignés par la prison. La raison de ce refus est que le service de santé de la prison souffre de manque d’équipements et de la carence en médicaments essentielles. Certains détenus achètent seuls les médicaments à l’extérieur de la prison et d’autres sont pris en charge par leurs familles respectives.

Les différents établissements pénitentiaires de la RDC ne disposent pas de médicaments nécessaires pour la prise en charge des pathologies courantes. Aussi, les ordonnances prescrites sont pour la plupart prises en charge par les organismes de charité.

Les détenus gravement malades devraient en principe bénéficier d’un transfert immédiat vers un centre hospitalier le plus proche. Dans la réalité, ce transfert est fait en retard et entraine de nombreux décès.
Dans cette prison, plusieurs maladies y sont développées, les maladies hydriques, les maladies de la peau, les maladies des voies respiratoires, les infections digestives, etc

Parmi les pathologies fréquemment associées aux conditions de détention, on note :

Affections cutanées : par ex. infection fongique, gale, poux. Celles-ci peuvent sont dues à un manque d’eau, une mauvaise hygiène, la surpopulation.

Maladies oculaires : par ex. trachome, conjonctivite. Elles sont associées à un manque d’eau et une mauvaise hygiène.

Maladies respiratoires : par ex. tuberculose, infections des voies respiratoires supérieures. Elles sont associées à la surpopulation, à l’humidité ambiante et à une mauvaise alimentation.

Maladies gastro-intestinales : par ex. diarrhée, fièvre typhoïde, choléra, parasitose intestinale. Transmission oro-fécale due à la contamination de l’eau, l’élimination inadéquate des déchets humains ou la présence de vecteurs.

Hépatite A : transmission oro-fécale.
VIH/SIDA, hépatites B et C : maladies associées à la consommation de drogues injectables, aux relations sexuelles consensuelles et à la violence sexuelle. Infections sexuellement transmissibles : dues à la violence sexuelle et aux relations sexuelles consensuelles.

Toutes ces maladies sont fréquentes dans cette prison centrale de Bukavu. Les prisons sont parmi les endroits les moins salubres de nos sociétés et exposent la santé des détenus.

Ces mauvaises conditions de détention violent l’article 18, alinéa dernier de la constitution de la RD Congo du 18 février 2006 telle que révisée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 qui dispose que « Tout détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité ». Elles contredisent aussi les règles minima des Nations Unies sur le traitement des détenus, ainsi que la déclaration universelle des droits de l’homme. Suite à ces mauvaises conditions de détention, d’aucuns n’hésitent pas à considérer les prisons congolaises sont de véritable mouroirs.

Le système pénitentiaire congolais fait donc face à divers problèmes, en l’occurrence, les mauvaises conditions carcérales, manque de nourriture, de soins médicaux, literie, logement salubre l’hygiène, la vétusté des infrastructures pénitentiaires, etc.

Recommandations auprès du gouvernement
Afin d’améliorer les conditions carcérales dans la prison centrale de Bukavu, il est urgent que le gouvernement s’implique pour la réhabilitation complète de cette maison de rééducation ; mettre en place les mécanismes pour dépeupler cette prison, parce qu’elle accentue la précarité.

Un budget conséquent doit être loué pour la gestion de la prison. Cela contribuera à répondre aux différents besoins des prisonniers, notamment l’hygiène, l’alimentation, et l’accès et la disponibilité des soins de santé de qualité. Le service de santé de la prison doit être doté des équipements nécessaires et les médicaments essentiels.

Thierry M. RUKATA

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