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« Musumba », un moyen de survie de certains acteurs de la société civile et de mouvements citoyens

Clin d’œil dans l’histoire

Ancienne capitale de la région du Kivu, la ville de Bukavu est loin d’atteindre sa phase de développement. Jadis appelé « Constermasville », Bukavu était classée une des principales villes du pays et qui comptaient plus d’élites en République Démocratique du Congo, cela, depuis l’époque belge.

Sur le plan éducation de base, après Kinshasa et Lubumbashi, Bukavu occupée la troisième place en termes d’infrastructures scolaires et la qualité de l’enseignement scolaire de base. Quelques années plus tard, elle a concurrencé plusieurs universités du pays et est arrivée à imposer ses jalons.

Cette richesse intellectuelle était un espoir pour développer la province du Sud-Kivu et la ville de Bukavu en particulier.  Certes que l’instruction est la base de tout développement, mais à Bukavu, il se remarque que cette règle a totalement échappé les esprits de ses habitants. S’il faut classer les villes de la RDC, Bukavu serait placée vers le bas de l’échelle.

Selon vous qu’est-ce qui serait à la base de ce phénomène, où même acheter une parcelle à Bukavu pour y vivre devient douteux, avec le risque d’y perdre la vie ? Actuellement, lorsqu’il pleut, ce sont de pertes en vies humaines et matériels qui sont enregistrés. « Après la pluie, c’est le beau temps », dit-on, mais, à Bukavu, c’est confirmé qu’ « Après la pluie, c’est le mauvais temps »

Bukavu compte donc de milliers de problèmes structurels profonds sur tous les plans de la vie. Tous ces problèmes sont ignorés et oubliés par les politiques publiques.

Qu’est-ce que le « Musumba » ?

Ce qui engouffre davantage cette province et la ville de Bukavu en particulier, c’est le phénomène dit « Musumba », un terme emprunté de la langue shi, qui signifie « Fardeau ». Dans le contexte bukavien, ce mot très connu dans les organisations de la société civile et mouvements citoyens s’explique comme étant un « Enjeu d’intérêt particulier ». En réalité, c’est une façon de se faire corrompre, une « corruption matérielle voilée » par une cause sociale. Après le départ de l’homme blanc, l’individualisme prime à à l’intérêt commun. Chacun est à la recherche de sa survie. Le principe de Sartre est donc bien appliqué à Bukavu « L’enfer, c’est les autres ».

Les origines de ce mot

Ce comportement a affecté même les acteurs politiques de la province. Chacun est à la recherche de sa survie, et donc, si tu nuis  à leurs intérêts, tu es lynché.

Avec un taux de chômage très élevé et l’avènement des organisations de la société civile et des mouvements citoyens, ce phénomène s’est enraciné dans les esprits de tout « Mwana BK » (enfant de Bukavu qui maîtrise ce qu’on peut qualifier comme règles du jeu) avéré et averti, dans le cas contre, tu es considéré comme « Yuma »(moins éveillé), « Duru » (moins intélligent).

Plusieurs jeunes sans emploi se sont donc refugiés dans ces organisations pour dénoncer les abus de dirigeants afin d’améliorer les conditions de vie de leurs administrés. Chacun parle donc au nom de la population, avec le phénomène « Musumba » caché derrière leurs dos.

Au départ, l’idée de la société civile était bonne et appréciée par tous, parce qu’en réalité, la société civile est l’œil du peuple face aux différents régimes « manfoutistes » et irresponsables.

Certains congolais ont compris donc les opportunités qu’offrent toutes ces organisations. Par exemple aujourd’hui pour accéder au pouvoir, à la gestion ou encore arriver à s’enrichir davantage, il faut passer à la société civile et/ou être membre d’un mouvement citoyen. C’est pourquoi, vous verrez que les dirigeants d’aujoud’hui furent les acteurs de la société civile d’hier, comme si le rôle de la société civile et mouvements citoyens étaient devenus la conquête du pouvoir et sa conservation le plus longtemps possible. Malheureusement, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, c’est la corruption, les détournements, l’enrichissement illicite, la spoliation des biens de l’Etat et bien d’autres abus.

Ces organisations sont devenues comme une profession. Lorsque vous posez la question à un d’eux, « quelle est ta profession? » Il répond aisément, « je suis acteur de la société civile » ou soit « il est militant ». La lutte dans ces organisations est devenue attrayante et s’attire tout un monde du jour au lendemain. La conséquence de cette profession juteuse est la prolifération des faîtières de la société civile et des mouvements citoyens, malheureusement certaines avec un ou deux membres.

La résistance du régime passé de quitter le pouvoir a facilité plusieurs personnes à intégrer les mouvements citoyens et les faitières de la société civile ou encore d’en créer si l’on est chassé dans l’une ou dans l’autre.

Impact du phénomène « Musumba » sur le développement de la province du Sud-Kivu

Comme nous l’avons démontré ci-haut, la province du Sud-Kivu a perdu son image, elle a reculé jusqu’à céder sa place et sa capacité d’influence à la province voisine du Nord-Kivu, qui l’aurait capitalisé et aujourd’hui, la ville volcanique de Goma est considérée comme une référence et un modèle de développement. L’ancienne capitale du Kivu, sous le « Chaos ».

Depuis 2006 jusqu’en 2020, la province voisine du Nord-Kivu n’a connu que deux gouverneurs, contrairement à celle du Sud-Kivu, qui a connu cinq gouverneurs, soit Cibalonza, Louis Muderhwa, Marcellin Cishambo, Claude Nyamugabo et aujourd’hui, Théo Ngwabidje qui est en exercice.

Tous ces gouverneurs étaient accusés de mauvaise gestion de la province ; est-ce que c’était réellement la mauvaise gestion ? De ces quatre premiers, un d’eux, soit Marcellin Chishambo avait totalisé sept ans à la tête de la province et les autres, maximum deux ans.

Si vous analysez bien, c’est pendant les 7 ans de Chishambo que les problèmes de la province du Sud-Kivu s’étaient multipliés. En réalité, ce n’était pas par mauvaise foi de la personne de Marcellin Cishambo. Dans l’optique de chacun pour soi, Cishambo était dans l’obligation de se pérenniser au pouvoir, comme l’opportunité se présentait. Pour y arriver, il a fallu bien gérer tout celui qui s’opposait à sa gestion, un pari qui semblerait être gagné jusqu’à ses derniers jours à Nyamoma.

A chaque fois qu’il était attrapé ou soupçonné dans une affaire soit de megestion, de corruption ou alors de détournement, les acteurs de la société civile dans leur diversité engageaient des actions citoyennes pour l’interpeller. Bouleversé par ces genres d’actions, des pétitions, des sit-in, etc, l’homme à la barbe blanche fouinait pour identifier l’instigateur de ces actions et toute sa cohorte, qu’il convoquait par la suite à sa résidence la nuit  et ils rentraient assez souvent avec des enveloppes ; même cas avec certains députés provinciaux qui lui adressaient une question écrite, orale et ou une motion.

L’argent qui devrait construire la province était partagé avec certains acteurs de la société civile et des mouvements citoyens, conséquences, délabrement des routes, spoliation des parcelles de l’État, détournement des fonds, dettes dans les caisses de la province, les salaires des agents de l’Etat en province impayés, DPMER sous le chaos,… chose étonnante, est qu’à son règne, malgré les mois impayés, personne ne réclamait son droit.

Son comportement qualifié de générosité l’a rendu populaire. Il arrivait même à partager avec les élus provinciaux et parfois même avec certains citoyens lambda qui se retrouvaient sur son chemin. Bref, il est parti en laissant la province déchirée.

A l’arrivée de son successeur, Claude Nyamugabo, le modus operendi a semblé changer, la plupart de ces acteurs logeaient déjà le diable dans leurs poches, Nyamugabo s’est montré résistant au système « Musumba ». Il était qualifié de tous les mots comme « Boxeur », celui qui ne partage pas avec les autres. Tout le monde se rappelait de son prédécesseur Cishambo, qui aurait sacrifié le développement de la province mais qui partageait avec tout le monde. Un ancien ministre du gouvernement Cishambo avait même déclaré qu’il déstabilisera la province si Nyamugabo ne leur payait pas leurs arriérés de salaire enregistrés sous Cishambo.

Nyamugabo qualifié de Boxeur, a subit les pires, situation sécuritaire volatile, sit-in à gogo, marches pacifiques, de l’Assemblée provinciale jusqu’au gouvernorat, en passant à la DPMER, une régie financière de la province, c’était des grèves en grèves des agents, et même de la DPMER, qui est. Boxeur jusqu’à quand ? Face à tous ces défis, le Charismatique Claude Nyamugabo n’a pas tardé à emboiter les pas de son successeur de Cishambo.

Quelques mois après son élection, Nyamugabo a été visé par une pétition pour sa destitution. Grâce à sa vision d’Aigle et l’intuition à s’inspirer des stratégies de Cishambo, il a reussi à s’en sortir mais en aidant les pétitionnaires à respirer avec quelques billets verts. Dès lors, il a engagé des pions noirs pour vendre son image à travers les médias. Ces Pions seraient considéraient comme des agents fictifs du gouvernorat de province. Si tu touches au chef, tu es victime de toutes les injures, caricaturent ton images dans les médias et même dans les réseaux sociaux.

Celui-ci aurait donc échappé à cause des élections générales du 30 décembre 2018.  Une année et quelques mois à la tête de la province, Nyamugabo est accusé d’avoir endetté la province de 9 millions de dollars américain, où est parti cet argent de la province, ses acolytes sont mieux placés pour y répondre.

L’actuel est Théo Ngwabidje, gouverneur élu sous le label de la coalition FCC-CACH. La guerre est engagée contre sa gouvernance aux premiers jours de son élection. Étant le fruit de la coalition, Ngwabidje devrait servir les deux camps. Bien qu’il ait essayé de les servir, l’ombre d’un dissident de l’autorité morale du FCC planait et plane toujours dans les nominations de Ngwabidje. Promettant le changement et le développement de la province avec son slogan « Gouverner autrement », après que son Chef direct soit mise à la porte du FCC par manque de loyauté et de discipline au sein de cette famille politique, Ngwabidje a été et continu à  être pourchassé pour céder le fauteuil du gouvernorat de province, juste pour n’avoir pas été servi ou pour qu’un camp accède à ce poste.

Très menacé, il s’est engagé à convaincre ses administrés. Parmi ses stratégies, cet homme qui semblerait être calme, rigoureux et travailleur selon certains, il s’est entouré par certains mouvements citoyens et acteurs de la société civile du Sud-Kivu pour protéger son pouvoir contre ses détracteurs politiques. Ces derniers vont même jusqu’en s’en apprendre aux élus provinciaux jugés menaçants aux yeux du pouvoir de Ngwabidje. Dans les émissions débats ou autres, ces derniers s’entremangent et tirent la couverture de son côté, chacun selon ses intérêts. XxxxxxxxxxKITU KIDOGO

Malheureusement cette stratégie a fait naitre un autre camp des aigris. Boxeur plus que son prédécesseur Nyamugabo, Ngwabidje fait face à plusieurs menaces et est accusé aujourd’hui de megestion de la province.  Intimidé dès ses premiers jours, il a tout fait pour investir dans le populisme, et donc dans les mouvements citoyens et certains communicateurs qui ont la chance de passer aux micros de radios et télévisions de la place et qui semblent être compétents de tous quant à l’usage des réseaux sociaux.

Selon certaines sources, ces communicateurs et certains acteurs des mouvements citoyens sont servis soit chaque semaine, soit chaque mois pour défendre l’image du locataire de Nyamoma. Voilà l’origine du slogan « Alias Kitu kidogo ».

Comme tout autre acteur politique, il faut multiplier les stratégies pour protéger son pouvoir et y demeurer le plus longtemps possible, mais la stratégie la plus aisé et efficace, c’est celle de travailler pour ses administrés, c’est-à-dire, chercher à améliorer leurs conditions socio-économiques, sécuriser la population et ses biens ; construire les routes ; résoudre les problèmes d’eau et d’électricité ; rendre salubre la ville et d’autres coins.

Au lieu par exemple d’engager les communicateurs qui travaillent pour leurs ventres, pour vendre l’image, en tant que chef de l’exécutif provincial, c’est mieux de subventionner les médias, bref la collaboration étroite avec les médias. Ces derniers parleront de ses actions visibles et c’est ce qui vendra plus votre image et vous amené à stabiliser son pouvoir.

Le plus grand souci au Sud-Kivu est qu’aucune personne hautement placée soit en province où au niveau national n’est épargnée de ce phénomène. Grâce aux réseaux sociaux, un bon moyen facilitant la liberté d’expression à tous, malheureusement dans cette province,  l’éducation quant à l’usage reste un casse-tête; d’où il en faut bien que nous en avons tous axé. Ces acteurs en profitent pour y publier et y partager tout montage ou tout objet portant le « Musumba » pour être enfin appelé la nuit.

En guise de conclusion, ces acteurs de la société civile et ceux de mouvements citoyens se vendent à moins prix. La plupart d’eux trompent la vigilance des concitoyens, disant qu’ils plaident la cause de la population, en réalité rien ne le prouve surtout que la situation sociale des Sud-Kivutiens s’empire davantage. Le mot population est devenu un outil de marketing pour se vendre auprès des dirigeants, des entreprises publiques, privées et même auprès des organisations non-gouvernementales.

Nous devons privilégier l’intérêt commun de la province du Sud-Kivu. Au lieu de passer tout notre temps à chercher les « Misumba », accompagnons l’autorité provinciale à asseoir sa politique de développement de la province et aussi y contribuer. Les acteurs de la société civile n’ont pas que le champ d’action la politique. Si Bukavu est déchirée aujourd’hui, c’est parce que les faîtières de la société civile et même les mouvements citoyens ignorent encore leurs rôle. Le chemin idéal pour trouver un emploi, pour s’enrichir ou pour accéder au pouvoir, n’est pas la société civile, moins encore les mouvements citoyens, plutôt dans les partis politiques. En définitif, l’école pour mieux comprendre et maîtriser la charte de la société civile et les fondements de mouvements citoyens est urgence.

Congo Witness

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